ACIER BÉTON ET COCOTIER

                                                                                                                 

                                                                       

 

 

 

 

« Vu » d’un café, en terrasse,
Dans une galerie marchande
Acier-béton-verre et néon :
 
Grouillance des fatras du monde :
Matériau … matériau… matériau…
Clinquant de pacotille…
Lumières, couleurs et sons sous vide.
 
Le creux du « prêt-à vivre » :
Défroques à emballer la nudité
De la pensée uniforme,
 
Emballages fantaisie
Pour une même absence :
Mannequins stéréotypés
Mus par un ressort monophase.
Produits… produits… produits…
 
Ilots de jeunes-gens uniformes
En recherche de la gaieté,
Accrochés en grappes aux tables
De ce café neutre et sans âme,
Effrayant de conformité.
 
Effarouchés de solitude,
Frileux, sans doute, d’être « unique »,
Quelques jeunes-gens attardés
Viennent un par un s’agglutiner,
Grossir l’essaim des étiquettes
Qui constellent tous leurs habits
Tels que ces blousons sans surprise
Où un fabricant impudique
Inscrit son nom, large étalé
Sur les tristes dos anonymes
Comme d’un troupeau qu’on a marqué.
 
Fatalité occidentale :
Des corps à vivre coagulés,
Véhicules d’âmes enfermées,
Prisonnières en les noirs filets
De ce « no man’s land » société,
Balancent au rythme de survivre,
Loin de l’intensité de « l’être » ,
Le spectre absurde du « Paraître ».
 
La vie sous cellophane :
Langage codé, programmé
Pour chaque séquence
D’une existence assassinée.

Subsistance – banalité,
Architecture – armature
D’une survivance « no future ».
Décors aseptisé
Pour des corps dévitalisés.
 
 

L’Esprit porte ses ondes ailleurs :
Kathmandu, lancinant appel,
Coup de cœur de mon rêve-à-vivre,
Distille ses profonds soleils
A travers cet écran grisaille
D’un quotidien morne et sans âme.
 
Comment « dire » cette étrange absence
Du Rêve éventré aux récifs
Des espérances englouties ?
 
Il gît maintenant sur des grèves
Au bout de toi, à bout des êtres,
Ces identités éclatées,
Ecartelées par les concepts
D’une société boulimique
Qui consomme tous leurs élans.
 
Echouées sur les mornes plages
De béton, de verre, de néon
Où ne poussent pour tous cocotiers
Que des forêts de réverbères
D’où émane en guise d’aura
Un blafard halo de lumière,
 
Que veux-tu donc qu’ils espèrent ?
 
Nourris par la Conformité :
Pognon-gagner-monnaie-argent,
Ces citoyens désabusés
S’abreuvent à la Fatalité.
 
En défense contre l’Oppresseur
Qui voudrait leur bouffer le cœur
Ils posent sur leur âme d’enfant
Ce masque d’uniformité
Qui voile la personnalité.
 
Mais ils ignorent en l’ajustant
Qu’il leur servira de linceul,
Que désormais ils restent seuls,
Perdus de leur identité.
 
Parfois, la nuit, en leur sommeil
Elle revient pour les visiter,
Leur parler de vibrantes plages
Où se bronzent les sentiments,
Débarrassés de leurs atours,
Nus au fort soleil de l’amour.
 
Indifférente aux usages
Elle ignore aussi l’esclavage ;
Jeune fille, jeune homme, effarouché,
Ecoute-la en toi s’exprimer :
« Ta » vérité.


                               ***
Heu... Amen !